Nous vous conseillons d’avoir lu Bienvenue au Mordret’s Pub Tome 1 et Tome 2 avant de vous attaquer à ce bonus IDP 🙂

Nous allons en effet mentionner plusieurs éléments clés de l’intrigue. Enjoy ! 😀

Spoilers... Spoilers everywhere !

Spoilers… Spoilers everywhere !

 

La voyageuse, après chaque question, tapotait son téléphone. Elle prit cette fois le temps d’expliquer :

« Je note les questions déjà posées. C’est une application de check-list. Très pratique, vraiment. Que faisiez-vous avant de tenir votre bar ?

— Combien reste-t-il de questions sur votre liste, » soupira Mordret.

La femme baissa la tête et compta…

« 27, 28, 29… 30 ! Si je ne me suis pas trompée… Donc, avant votre bar ? »

Le vampire marmonna un juron et passa derrière le comptoir, puis s’engagea vers la bibliothèque. Il adressa un signe de main à son hôte pour l’inviter à le suivre.

« J’ai vécu plus d’un millénaire, vous résumer mon existence serait assommant. Je n’ai fait l’acquisition de cet établissement que récemment, à mon échelle. Un peu plus d’une centaine d’années… »

Son interlocutrice l’avait suivi, verre à la main, le smartphone dans l’autre.

« Vous l’avez acheté ? Cela répond à la question suivante qui était “Comment avez-vous hérité du Pub ?”… Bien, bien, bien… Mais que faisiez-vous juste avant ? »

Elle prit place dans l’un des fauteuils et jeta un coup d’œil intéressé à la bibliothèque avant d’avouer :

« Je dois dire que j’ai toujours rêvé de m’asseoir dans votre bibliothèque… Celle-ci, ou celle du manoir… Mais bon… Spoiler ! Il faudra lire Les résistants pour en savoir plus !  »

La créature avait elle aussi pris place dans l’un des fauteuils. Il entrecroisa ses doigts tout en détaillant la voyageuse. Il fit un geste pour désigner le rayonnage hexagonal et la coupole ouverte sur la nuit sans lune.

« Pour autant cette pièce ne provoque pas chez vous l’hébétude habituelle chez qui la découvre, commenta Mordret d’une voix égale. Vous connaissez déjà l’endroit. Cette situation est frustrante… mais avec autant de questions nous n’en aurons pas terminé avant que le jour se lève… Depuis quelle époque voyagez-vous ?

— Ho ! Un échange d’informations ! J’adore ! Je voyage depuis 2017, apr. J.-C. s’entend. Donc ! Avant le bar ?

— Une précataclysmique, donc… J’ai participé aux Guerres des Pénuries qui ont précédé la fondation de la Fédération, puis je me suis retiré de toute interaction sociale durant un demi-siècle. Les fins de conflits armés ne sont jamais très agréables pour les vampires… »

L’inconnue tapota son écran pour noter la question comme répondue. Puis elle prit le temps de savourer un peu du whisky qui lui était servi.

« Vous trouveriez le sky-coca tellement dégueulasse… Bref ! Prochaine question… Comment en êtes-vous venus à collecter et vendre des informations ?

— La présente collection d’ouvrage n’a pas été acquise sans que d’importantes sommes ne soient versées… Le trafic d’information est une activité tout à fait lucrative, en plus d’être fort distrayante, sa pratique s’est très pragmatiquement imposée comme une évidence, dès l’ouverture de mon établissement.

— Bien, bien, bien… Question suivante. Quelle est l’étendue de votre réseau d’information ? Et quelle est la première et dernière information que vous ayez monnayée ?

— Rien ne m’échappe dans la Fédération et les frontières de mon réseau poussent jusqu’au-delà des Cités-États de l’est et par delà l’Atlantique. Quant à vos autres questions, nous avons moyenné de l’information à l’instant. Pour la première, dans le cadre de cet établissement… »

Mordret se leva et marcha jusqu’au large plan de travail, au centre de la pièce. Un imposant livre y était apparu, il l’ouvrit environ au tiers, puis chercha une page en particulier et déchiffra :

« Logis de Clairemonde pour le Centre de commandement… Évidemment, souffla-t-il pour lui-même. Lorsque j’ai ouvert mon établissement, la Fédération fêtait son centenaire et pour l’occasion les Présidents de l’époque avaient amorcé une politique d’assainissement de la Capitale assez agressive. J’ai donc monnayé avec eux l’emplacement du quartier général de Clairemonde, la vampire qui, à l’époque, faisait main basse sur ce que Stuttgart comptait de longues dents, traînes-savates et truands. Les soldats fédéraux ont fait place nette et j’ai dès lors eu tout le loisir de m’implanter. Une très bonne opération, vous en conviendrez.

— Vous avez vendu les vôtres ? traduisit son interlocutrice. Logique, quand on y pense. Difficile de se faire un trou là où un de vos semblables a déjà le sien. Par Merlin, c’est vrai que faire plier un groupe complet de vampire par soi-même doit demander une sacrée force…

— Ne vous fatiguez pas à singer nos expressions… » commenta le vampire en revenant prendre place dans son fauteuil.

La femme sourit et passa à la suite :

« Éprouvez-vous du respect pour vos ennemis ?

— Pour mes ennemis ? Cette notion est vague… Lorsqu’on dispose d’un temps illimité, les ennemis d’un jour sont les alliés du lendemain.

— Alors, disons pour vos concurrents…

— Vampires ? Dans l’échange d’information ? s’agaça Mordret. Écoutez, formulez ceci correctement ou passez à autre chose, mais cessez de me faire perdre mon temps. Ne pas en manquer ne me dispense pas d’être ennuyé.

— Si j’avais sous-entendu vampires, j’aurais dit vos semblables… Bon, passons… Comment approvisionnez-vous la réserve de sang du Mordret’s Pub ? Est-ce du sang humain ? »

Mordret leva les yeux au ciel et se renfrogna, dans un grondement grave et sec.

« Dans n’importe quelle autre réalité je vous aurais mise à la porte. Ce ne sont pas vos affaires et vous préférez ignorer ma réponse.

— Alors, personnellement, je m’en tape, et puis vous ne pourrez pas me foutre à la porte… Une fanfiction n’étant pas canon, il n’y a aucune raison de conserver votre caractère avare en informations… »

L’écran dans la main de la voyageuse s’éteignit et elle poussa un soupir.

« Bien, une autre information pour vous : je n’existe pas, je suis un personnage créé sur mesure pour vous interviewer, avoua-t-elle avant de lever le bras. Allez-y, passer la main à travers la mienne, vous verrez ! »

Le vampire haussa les deux sourcils et, curieux, s’exécuta, passant effectivement les doigts au travers de son interlocutrice, sans ressentir quoi que ce soit. Elle aurait aussi bien pu ne pas se trouver là. Mordret, perplexe, regagna son siège en se demandant s’il ne devenait pas fou ou si, à défaut, il ne rêvait pas. L’une et l’autre de ces hypothèses étant hautement improbables (jamais il ne se serait permis de sombrer dans la folie, et il ne rêvait pas), il opta pour une crédulité méfiante. Car, après tout, tout ceci n’avait absolument aucune logique. Et ça n’était pas canon.

« Soit. Admettons. Oui, le sang est humain. J’ai diverses manières de me le procurer, de façon légale aux prisons fédérales, de façon relativement peu légale auprès des stocks de la Centrale, ou comme paiement d’information, de façon éthiquement discutable, auprès de ceux de ma race qui font commerce de leur chasse. Chasse dont, vous vous en doutez bien, je me passe volontiers d’obtenir les détails. »

La femme hocha la tête. Oui, c’était compréhensible.

« Donc boire du sang humain ne vous pose aucun problème, contrairement à certains vampires de fictions de mon époque… Vous connaissez Twilight ?

— Non.

— Les deux autrices qui me manipulent auraient tendance à dire que vous ne perdez rien, mais malheureusement je ne peux pas dire ce genre de chose. Question lectorat, vous comprenez ? [NDA : Arg ! Cruel personnage ! Nous vendre ainsi sur la place publique !] Bref… Pouvez-vous vous nourrir avec autre chose que du sang ?

— Je bois bien du whisky…

— Puis-je émettre quelques doutes sur la définition que vous mettez derrière l’action “se nourrir” ? »

Mordret découvrit le bas des canines dans l’extrême début d’une expression amusée.

« Je peux ingurgiter ce que bon me semble et suis même à même d’apprécier la qualité de ce que je mange… ou boit. Néanmoins, seul le sang sustente ceux de mon espèce, quoiqu’en être privé ne nous tue pas.

— Ho ! Cela répond à la question suivante ! Parfait ! »

Une fois ladite question annotée sur l’application du smartphone, elle prit la peine de terminer le Whisky.

« Je crois que nous avons fait le tour de ce qui concerne le sang et votre passé… Passons à la suite, les émotions… »

Suite de l’interview : Émotions et badineries