Nous vous conseillons d’avoir lu Bienvenue au Mordret’s Pub Tome 1 et Tome 2 avant de vous attaquer à ce bonus IDP 🙂

Nous allons en effet mentionner plusieurs éléments clés de l’intrigue. Enjoy ! 😀

Spoilers... Spoilers everywhere !

Spoilers… Spoilers everywhere !

 

Assise au comptoir du Mordret’s Pub, un petit verre rempli d’un liquide ambré devant elle, une grande femme aux cheveux bruns observait le vampire, qui, lui même la détaillait avec intérêt. Avec son allure absolument normale, baskets converses, costume bleu, cravate rouge et trench-coat marron, le patron du pub devait avoir du mal à la croire. Pourtant, allumée devant lui, une tablette tactile 10″ affichait la page finale de « Bienvenue au Mordret’s Pub », un roman disponible sur Wattpad, entre autres.

« Les lecteurs m’ont posé des questions, pour vous et pour… »

Elle jeta un coup d’oeil à son smartphone sur lequel elle conservait une check-list des questions à poser.

« Naola, Charm, Kímon et Leuthar… Il va sans dire que ma simple présence ici crée une distorsion et que nous sommes présentement dans un univers alternatif, lequel s’est dissocié de votre original à l’exact moment où se termine cette histoire. Une fanfiction, comme on dit chez nous… »

Mordret dévisageait son interlocutrice sans qu’aucune expression ne vienne troubler son visage. Il l’avait écoutée sans broncher, d’abord agacé par l’importun et fort peu discret personnage, puis intrigué et enfin captivé par les étranges artefacts exhibés. Il découvrit le bas d’une canine dans un petit sourire un coin et, sans qu’aucun de ses gestes ne soit perceptible tant il était rapide, se servit un verre conséquent d’Armorik dont il dégusta une longue gorgée avant de paraphraser :

« Un univers alternatif, donc… »

Sans paraître bouger, il se retrouva avec l’étrange tablette entre les doigts. Il ne jeta pas un oeil à l’histoire qui y était détaillée, il la connaissait pour l’avoir vécue, mais observa l’artefact avec attention. L’objet était vaguement apparenté aux téléphones utilisés par les Yasards humains, mais il paraissait plus fin, plus léger… Il restait plus grossier que les dalles de communication Dubaïtes. L’étrange visiteuse, en plus de se payer le luxe de sauter d’un univers à l’autre, devait provenir d’une époque bien antérieure, probablement précataclysmique.

« J’aurais de nombreuses questions à vous poser, commenta-t-il en tendant la tablette à sa propriétaire, mais il serait fort vain de ma part d’entreprendre de le faire. Mon original ne saura rien de cette affaire et, par conséquent, je ne saurais moi même tirer grand intérêt à me plier à votre exercice…

— Vous êtes, tout autant que votre original, curieux. Vous n’allez pas cracher sur quelques instants supplémentaires avec moi, non ? Vous ne pouvez pas me le cacher, je vous connais bien plus que par cette histoire… Allons… Si vous répondez à mes questions, je vous laisse la tablette et les histoires qui y figurent. Vous ne les vivrez certes pas, mais elles sont captivantes… Y figurent même des informations excessivement importantes dans les années à venir… Certaines concernent Leuthar… Et si vous ne vous prêtez pas à mon jeu, je repars, la tablette avec moi. »

Il avala une petite gorgée de son verre avec un air appréciateur. Mordret conserva une parfaite neutralité mais accompagna l’homme d’une gorgée non moins appréciatrice.

« Bien meilleur que le scotch qu’on sert en soirée, c’est certain. Je commence mes questions ?

— Puisqu’il n’y aura guère de conséquences, je ne saurais en effet manquer l’occasion d’étancher ma curiosité. L’échange me convient. Commencez.

— Bien, commençons par les questions triviales… Quel âge avez-vous ?

— Ce n’est pas le genre d’informations que je souhaite vendre.

— Mais vous ne les vendez pas. Vous assouvissez la curiosité de lecteurs tout en étant assuré que personne, dans votre univers, ne sera informé de ces réponses… Allez… Je suis certain que si je vais fouille dans le fichier “Chronologie générale”, je trouverai l’information. Soyez chic…

— Ce que vous dites n’a aucun sens… grogna le vampire. Soit. J’ai mil cent quatre-vingt-huit ans.

— À la bonne heure ! Vous êtes donc né en 1173 apr.J.-C., ou en 723 apr.M. comme vous dîtes… Question suivante ! Avez-vous été humain ?

— Oui, évidemment.

— Rhoo, je sais que vous ne faites pas la différence, mais vous savez que les humains et sorciers de votre époque – et donc de mon univers aussi, car ils suivent vos histoires – font, eux, la différence. Vous avez été humain ? Pas sorcier ? »

— J’ai été sorcier avant d’embrasser la condition de vampire, répondit la créature aux longues dents, sans la moindre émotion.

— Comment étiez-vous en tant que sorcier ? Que faisiez-vous de vos journées ? Pouvez-vous décrire votre famille ? Sachez, d’ailleurs, que ces questions ont été posées à “tu”, ce qui a causé beaucoup de tracas quant à la façon de vous les présenter…

— Vos contemporains se sont permis de me tutoyer ? reformula le vampire avec, pour la première fois, une ombre de perplexité sur ses traits. Une bien déplorable façon d’engager une négociation…

— Ho, c’est assez intéressant, en fait. Ils adressent des messages directement aux personnages, c’est vraiment… vraiment fun. Je vous invite à lire les commentaires sur Wattpad, directement sur la tablette. Vous verrez, vous avez la cote, à votre manière. Pouvons-nous continuer ?

— Je présume, oui, répondit le vampire. Je vous ressers un verre ?

— Avec plaisir. Bien. Donc, votre vie et votre famille, avant la vampirisation ?

— Je vais vous faire cadeau du contexte de mon existence sorcière, mais je ne saurais être plus précis. J’ai de mon vivant prononcé de nombreux serments devant la magie. Les briser ne saurait qu’entraîner mon trépas, et, quel que soit l’univers, je n’y tiens pas.

— C’est bien compréhensible… »

Mordret hocha presque imperceptiblement la tête et fit glisser un nouveau verre à l’intention de l’étrangère. Il avait sensiblement augmenté la qualité du breuvage servi puisque cet excès était sans conséquence. Il n’était pas désagréable de boire en compagnie d’une hôte capable d’apprécier le subtil breuvage.

« Je suis issu d’un mariage entre une sorcière gaélique et d’un chevalier Normand débarqué en Irlande vers 723 apr.M. et jamais reparti, reprit-il. À cette époque, sorciers et humains cohabitaient sans même énoncer cette différence que notre époque veut fondamentale. J’ai été écuyer à Wexford. Rares étaient les hommes à ne faire qu’une seule une seule chose de son existence… Homme d’armes et serviteur… J’ai été mercenaire, marin, libraire, marchand. J’ai beaucoup voyagé. C’était l’époque des croisades, j’ai participé à la quatrième, mais je ne peux guère m’étendre plus sur ces sujets.

— Au vu de votre âge avancé, certains se demandaient si vous n’aviez pas été contemporain de Merlin, ou du neveu du Roi Arthur en fait… Enfin, quelque chose dans le genre… »

La visiteuse leva la tête et précisa, en regardant dans les yeux Mordret

« Il faut savoir que dans notre monde, deux théories coexistent sur la date de vie de Merlin. Dans les environs de 450 Apr J-C et vers 1100 Apr J-C et quelques… Dans votre univers, vous avez plus de 700 ans d’écart avec Merlin, n’est-ce pas ?

— En effet et l’homonymie entre le neveu du Plus Grand des Enchanteurs, Mordred, et mon présent patronyme n’est qu’une coïncidence fortuite.

— Fortuite fortuite en effet. Restons-en là à ce sujet, ou les autrices risquent de me passer un savon… Next ! »

Suite de l’interview : Passé et Sang