Melody eut l’impression qu’un tremblement de terre déversait toute sa force autour d’elle. Secouée dans tous les sens, elle gémit de douleur.

« Espèce de brute, tu lui fais mal… »

Elle perçut la voix comme un grondement. Puis elle se rendit compte que ses pieds ne touchaient pas le sol, tout comme le reste de son corps. Elle sentait deux mains qui la tenaient en l’air.

La gamine ouvrit les yeux et reconnut Josh. Il avait arrêté de l’agiter pour la réveiller. Elle cria et il en profita pour lui coller une brochette dans la bouche, d’un geste vif. Melody hoqueta et cracha la viande. Elle se débattit sans grand succès.

« Mais qu’est-ce qu’elle a ? Fais-la taire, Josh ! ordonna Mary.

— Lâche-moi ! Lâche-moi, méchant vampire ! »

Le vampire en question semblait perplexe. Il la lâcha, comme elle le lui demandait, et elle s’écrasa au sol dans un bruit sourd.

« Mange ! »

Melody manqua de s’étouffer dans ses cris et ses pleurs. Pour la première fois, elle perçut toute la puissance du vampire. Elle frissonna d’horreur en pensant à ce qu’il faisait subir à sa compagne. Elle devait lui obéir. Elle n’avait pas le choix.

L’enfant vit sa propre main s’avancer et ramasser la brochette de viande au sol, puis la porter à sa bouche. Silencieuse, elle se força à manger. Non… elle était forcée de manger.

Les deux créatures avaient fait un feu. Le soleil était couché depuis au moins une heure. Melody se demanda ce qu’il s’était passé. Elle ne se souvenait que de l’atroce punition de Mary et de sa course en plein soleil.

« Maman m’a toujours dit de ne pas oublier de manger… murmura-t-elle en comprenant qu’elle avait perdu connaissance.

— Pourquoi t’es-tu enfuie ? On a dit qu’on te surveillait. »

Josh parlait d’une voix grave, avec de la colère dans la gorge. Il s’affairait autour du foyer et cuisinait d’autres brochettes, de la viande fraîche. L’enfant se demanda où il avait pu dénicher ça. Elle remonta les yeux sur lui et le dévisagea.

Elle était toujours terrorisée par sa simple présence. Mais, maintenant qu’elle lui faisait face, elle devait trouver le courage… pour Mary.

« Tu es méchant avec Mary. »

Josh haussa un sourcil inexpressif, Mary gronda, sceptique.

« Je t’ai vu la frapper, expliqua Melody

— Je t’ai frappée ? » demanda Josh à la vampire.

L’intéressée fronça les sourcils puis eut un sourire froid. Ses dents dépassaient de chaque côté de sa bouche.

« Pas aujourd’hui. Cela ne s’y prêtait pas… »

Elle semblait amusée. Pourquoi n’en profitait-elle pas pour se défendre de Josh ?

« Si ! Tu la frappais ! reprit l’enfant avec colère. Tu la tenais contre le mur, tout nu, et tu la frappais tellement fort qu’elle criait ! »

Josh comprit enfin ce que Mary avait deviné et commença à rire. Il riait fort. Un rire qui glaçait le sang, étrangement joyeux pour cette bouche qui semait la mort.

« C’est pas drôle ! Il ne faut pas faire ça ! Elle a même essayé d’appeler un ami à l’aide !

— Un ami ? répéta Josh alors que Mary observait la discussion d’un sourire amusé.

— Oui ! Elle a demandé à Fitz de venir avec elle ! »

Mary ne tint plus et se mit, elle aussi, à rire. L’hilarité des deux vampires aurait pu être contagieuse, mais la gamine ne l’entendait pas de cette oreille.

« Arrêtez de rire ! »

Elle dégagea une vague de magie autour d’elle, une décharge de puissance brute, puis tomba sur les fesses, repoussée par sa propre force. Mary et Josh s’arrêtèrent de rire. Ils grognèrent de douleur. La vampire feula, toutes dents dehors, repliée sur elle-même, prête à sauter sur la petite. Elle s’en retint au dernier moment.

« Ne recommence jamais ça… ordonna-t-elle, menaçante.

— Arrêtez de rire ! C’est grave ! On ne bat pas quelqu’un comme ça !

— Il ne me battait pas. Fitz, c’est lui. C’est son nom.

— Et Merlin, c’est un asticot ? »

La voix aiguë de la petite en colère était amusante, mais ils avaient suffisamment ri pour le siècle à venir. Mary s’approcha de l’enfant et lui prit le menton pour la forcer à reporter son attention sur elle. Elle étira ses lèvres d’un sourire glacé. Elle aimait sentir la peur dans les yeux de ses proies.

« Gamine, dis-moi… Est-ce que tu sais comment on fait les bébés ? »