NdA : Bonjour ! Ce chapitre comporte un dialogue en anglais ! Pour vous faciliter la tâche, nous l’avons traduit… Vous trouverez donc de petits chiffres dans le texte : ils font référence à la note de bas de page à consulter tout en bas. Bonne lecture !

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Faust s’immobilisa et Melody bascula de son épaule directement sur le sol, dans la neige en train de fondre. Adam et Clarence lui tombèrent littéralement dessus. Tous les trois se bouchaient les oreilles, car le fracas de l’explosion devenait insoutenable. La vampire les releva et les propulsa à l’intérieur d’une crevasse ouverte dans une irrégularité rocheuse et qui s’enfonçait sous terre. Les enfants dégringolèrent dans l’étroit passage, se heurtant aux parois étrangement tièdes. Vermine les cueillit au fond de la grotte, les tassa les uns contre les autres dans une ultime aspérité de la pierre, puis fit écran de son corps pour les protéger de la fournaise.

La température augmenta brutalement, saturant l’atmosphère de leur cachette de vapeurs brûlantes et nauséabondes. Le tsunami incandescent allait les atteindre d’une seconde à l’autre. Melody suffoquait, cramponnée à Clarence et Adam, elle voyait ses amis manquer d’air. Leurs visages rougeoyaient à cause de la lumière que projetait le brasier depuis l’entrée de la caverne. Elle capta le regard terrorisé et désespéré de Clarence et elle tenta de dire quelque chose, pour la rassurer. Sa voix se bloqua dans sa gorge : l’atmosphère était devenue trop sèche pour parler et trop chaud pour respirer. Melody aurait voulu tousser, mais pour cela il aurait fallu que ses poumons acceptent de fonctionner – et pas brûler, comme ils étaient certainement en train de faire.

Si ça se trouve, dans la cave de Timofei, ils ne seraient pas morts comme ça, pensa-t-elle avec un éclair de colère dirigée contre elle-même. C’était elle qui avait proposé d’essayer d’atteindre l’entreprise Mycroft, c’était de sa faute à elle s’ils mouraient tous maintenant. Elle aurait gémi, si elle avait pu.

Au prix d’un effort insoutenable, elle leva le bras, saisit la chemise de Vermine, toujours voûté au-dessus d’eux, se redressa et récita dans, dans sa tête, vu qu’elle ne pouvait même plus parler, un sortilège de protection. Aussitôt, une bulle rose les entoura tous les quatre et, aussitôt, ils purent tous beaucoup mieux respirer. Melody tomba à genoux, car le bouclier mangeait sa magie à toute vitesse, mais elle tint bon en se concentrant. Autour d’eux, tout tremblait et le vacarme était tel qu’on aurait pu croire que tous les sons du monde avaient quitté leur dimension immatérielle et occupaient physiquement tout l’espace de la grotte.

Au-delà du voile poudré de son charme, la petite sorcière distinguait la silhouette de Faust arc-boutée à l’entrée de leur refuge, découpée comme une ombre de papier noir (avec deux longues dents blanches) sur le carmin de l’extérieur. La vampire tournait le dos à l’explosion et, de la même façon que Vermine, utilisait tout son corps pour les protéger de la déflagration.

C’était impensable qu’elle survive à cela et, pourtant, au bout d’un temps impossible à mesurer, quand la couleur de la roche autour d’eux fût redevenue grise, que les grondements du monde eurent regagné l’intangible et que les enfants purent apercevoir d’autres nuances que le rouge par delà l’entrée de la grotte, Faust bougea. Elle se redressa en saccades, étouffant un gémissement. Des cascades de graviers dégringolèrent de la pierre, là où la créature s’y était cramponnée. Ses halètements de douleur, des respirations sifflantes ponctuées d’un son de gorge sourd, résonnèrent de longues secondes dans le silence irréel qui enveloppait les rescapés.

« Turn around, slowly ! 1 aboya une voix, à l’extérieur.

Adam, Clarence, Vermine, Melody et même Faust sursautèrent. Cette dernière se pivota très lentement, et lâcha un rire grinçant.

« Vous n’avez pas perdu de temps !, dit-elle, en français.

— Shut up, where are the kids 2 ? »

Tout comme ses deux amis, Melody n’entendit pas la suite de l’échange, les yeux fixés sur l’arrière de la vampire. Le dos que Faust venait de leur tourner n’existait plus. Il n’en restait plus que des reliefs carbonisés et des chairs à vif dont tombaient des lambeaux sanglants. Deux vertèbres et une cote complètement mises à nues offraient la morbide paréidolie d’un visage souriant. La fillette ne parvenait pas à en détacher son regard, horrifiée, mais surtout fascinée : la capacité de régénération de la créature œuvrait déjà, reconstituant tissus, os, dermes et épiderme avec une vitesse et une précision ahurissante. Alors les vampires ne pouvaient vraiment pas mourir ?

« Menteuse ! Ici ! » cracha la voix éraillée de Faust.

Melody mit plusieurs secondes à comprendre qu’elle l’appelait, et plusieurs autres à réussir focaliser son attention ailleurs que sur le dos grouillant de Faust. Elle sentit Vermine la pousser vers la sortie et lui jeta un coup d’œil. Pourquoi avait-elle tenu à le protéger, lui aussi ? Adam et Clarence, serré l’un contre l’autre tout au fond de la cachette lui adressèrent un regard effrayé. Ils avaient l’air d’aller bien. Enfin, au moins, d’être en vie.

« Menteuse », gronda Faust, plus fort.

L’interpellée gagna l’entrée de la grotte qui formait une grande fente lumineuse et se faufila aux côtés de la vampire. Elle plissa les yeux pour s’habituer à la clarté soudaine. La main de Faust se referma sur son épaule et la petite sorcière aurait juré la sentir s’appuyer sur elle, comme pour se soutenir.

La plaine immaculée s’était transformée en une étendue noire et fumante au milieu de laquelle une vingtaine de personnes encerclait le refuge. Toutes vêtues de combinaisons blanches surmontées d’un casque à la visière transparent. Sans doute des protections anti-vampire, se dit Melody, car leur peau semblait intégralement recouverte et donc ils ne pouvaient pas être mordus. Ils levaient tous leurs concentrateurs vers Faust, prêt à tirer.

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Traductions :

1. Retourne-toi doucement !

2. La ferme ! Où sont les enfants ?