Melody sentit son cœur bondir quand, derrière l’un des masques, elle reconnut le visage de sa mère. Elle tenta de s’élancer vers elle, mais Faust resserra sa poigne et manqua de la lui briser. La fillette se figea en grimaçant.

« Veux-tu bien rassurer nos agréables visiteurs quant au fait que leur petit Adam Mycroft se trouve au fond de cette grotte, bien vivant.

— Ou… oui, Adam et Clarence sont vivants, souffla Melody. J’ai protégé tout le monde avec une bulle.

— Et peux-tu aussi leur dire qui est avec eux ?

— Vermine.

— Et Vermine est un…

— Méchant vampire », conclut Melody après une seconde d’hésitation.

Faust lâcha son épaule et lui tapota gentiment la tête. La petite sorcière lui jeta un regard en biais. De devant, Faust ne semblait pas trop amochée. Sa robe complètement déchiquetée pendait comme une jupe sur ses hanches – elle tenait parce la fibre du vêtement s’était incrustée dans son derme carbonisé du bas de son dos, détail qui avait fasciné la fillette – sa poitrine était nue et seules quelques plaies superficielles striaient se rouge sa peau cadavérique.

« Voilà. J’ai votre môme et il est vivant », dit Faust d’une voix plate, comme si elle avait dit une parfaite banalité.

Melody pensa que cette voix-là ressemblait exactement à celle des gens qui s’adressait à la dame de la bibliothèque Mycroft pour lui rendre un livre. Puis elle pensa que c’était idiot de penser ça et tenta de se concentrer sur la conversation. Elle se sentait épuisée et elle chercha sa maman du regard, pour se donner du courage. Les yeux cernés et très inquiets de sa mère ne lui en offrirent pas beaucoup.

Pendant qu’elle dérivait dans ses réflexions, une silhouette en combinaison s’était avancée vers Faust. Elle retira son casque et Melody reconnut la femme avec qui la vampire discutait, dans la bibliothèque. Elle repensa aussi aux fauteuils moelleux du coin enfant, et à l’odeur du chocolat chaud. Puis se reconcentra, avec difficulté. En plus, comme Faust avait parlé en français, son interlocutrice lui répondait dans cette langue et la fillette aurait dû pouvoir suivre.

« … pardonner ça, Faust. Vu ton état, je devrais en profiter pour te faire abattre sur le champ.

— C’est vrai que je ne suis pas vraiment au mieux de ma forme, remarqua Faust en faisant semblant de se gratter l’arrière de son crâne toujours calciné. Mais, je te connais bien, Mikhaila, derrière tes airs de mégère sèche et sans cœur, je sais bien que tu es une grande sentimentale. »

Il y avait une légèreté malsaine dans le ton qu’employait la vampire. Comme si les deux femmes ne se tenaient pas debout au milieu d’un champ de ruines fumantes, mais assises autour d’une charmante tasse de thé. Faust se pencha en avant et découvrit sa belle dentition.

« Tu ne laisserais pas le petit Adam Mycroft, ton propre neveu, se faire égorger par mon bon Vermine, à quelques mètres de toi. »

L’une des personnes présentes esquissa un mouvement brusque en direction de la créature. Melody reconnut immédiatement le père d’Adam et elle vit aussi sa mère à elle se jeter sur lui et le retenir par le bras. La petite sorcière comprit qu’en plus de messagères, elle servait à Faust de bouclier. Mikhaila, dont le regard faisait presque autant peur que les crocs de la vampire tant il était noir, garda le silence pendant plusieurs secondes.

« Je t’écoute, lâcha-t-elle du bout des lèvres.

— Bien ! s’enthousiasma Faust, toujours sur son ton du thé du dimanche. Comme tu le sais, je veux qu’un territoire soit offert à ma cour, un endroit où je puisse installer mes charmants amis aux longues dents sans que ça ne dérange personne. Alors bon, oui, je sais, on en a déjà parlé et c’est vrai que ça pose un problème pour la population autochtone de la région – je veux une grande région, hein, pas un petit bout de pays rikiki – mais en même temps, tu sais, les miens ne peuvent pas s’empêcher de vous boulotter, vous autres, humains, avec ou sans magie.

— Arrête ça Faust, siffla Mikhaila.

— Quoi ?

— Arrête de faire semblant d’être idiote. »

L’expression de l’intéressée se ferma, empreinte à une gravité soudaine.

« Je me mets à votre niveau, stupides humains. Regarde où vos conneries nous mènent, Mikhaila. Ce n’est que le début et tu le sais très bien. Donner un territoire aux vampires, c’est éviter qu’en plus des pluies acides, des explosions, de la famine et des maladies qui arrivent, vous ayez en plus à gérer la horde des miens semer la mort et se multiplier. Les temps à venir annoncent un grand chaos, il vaut mieux, pour tout le monde, que les vampires aient un endroit à eux, où les dégâts qu’ils causeront seront localisés, et où les représailles ne seront pas possibles. »

Mikhaila grinça des dents, les poings serrés sur ses bras fermés. Puis, d’un coup, elle se détendit. Elle jeta un regard circulaire autour d’elle et d’un geste ample, embrassa le paysage désolé.

« Les vampires craignent-ils les radiations, Faust ? »

La vampire découvrit le bas de ses canines d’un très fin sourire, puis hocha négativement la tête.