Ch. 8 – Mondanités

Après la victoire de Lievinsk, l’Ordre avait pris ses quartiers dans le Fort de la ville haute. Fillip s’était vu confier le territoire frontalier placé sous la protection de l’Ordre. Il le gérait maintenant depuis quelques mois, avec un certain succès. C’était la moindre des choses, car c’était lui l’architecte de toute l’opération. Leuthar ne s’y était greffé qu’à la dernière minute et le bras droit, aussi loyal soit-il, avait mis un peu de temps à le digérer.

En bon meneur d’hommes, le chef de file du mouvement lui avait donné pour tâche de réorganiser la région et de rétablir les routes commerciales avec les Slavesqs. Une mission chargée de responsabilité, mais très prestigieuse. Bien assez pour apaiser son ressenti. Par ailleurs, il s’en sortait très bien et jouissait d’une certaine popularité locale. L’embargo sur les denrées des Slavesqs et des terres de l’Est émanait de la capitale et même l’Ordre n’avait pas le pouvoir de le lever. Pas tout de suite, du moins. Alors il s’était arrangé pour soutenir officieusement le marché noir et la contrebande. Cela représentait aujourd’hui presque l’intégralité des transactions marchandes de la province. Le nouvel ordre prélevait sa commission sur chaque vente, mais elle était bien moindre que les taxes fédérales. Le manque à gagner était tel que Stuttgart commençait à prendre la chose au sérieux. Il faut dire que c’était un moyen extrêmement efficace de remplir les caisses de l’Ordre.

Constater que les résistants étaient aussi bons gestionnaires, ça ne devait pas rassurer les fédéraux, pensa Fillip. À cette réflexion, il se sourit par-delà le miroir et reposa dans l’évier le rasoir dont il venait de se servir pour faire disparaitre sa barbe naissante.

Adélaïde finissait de s’habiller. La scène trouvait à présent de nombreux échos dans leur quotidien. Les réveils au Palais du Fortin de Lievinsk étaient presque devenus une habitude, pourtant ce matin-là, le souvenir du général Perparim lui revenait.

Elle avait installé une psyché et transformé l’austère suite militaire en un refuge confortable et pratique. Elle s’observait dans la grande glace. Elle hésitait sur la tenue à porter.

« C’est toi qui l’as tué, Perparim ? » interrogea-t-elle, sur le ton de la conversation.

Elle repoussa un haut un peu trop échancré pour ce qu’elle avait prévu de faire de sa journée.

« Ils l’auraient interrogé et ça aurait grillé ta couverture », répondit Fillip au bout de quelques secondes.

Il revint dans la chambre, les mains dans les poches de son treillis. Il fronça les sourcils :

« Tu t’en vas ? » demanda-t-il alors qu’elle enfilait une robe.

Pas le genre de chose à porter dans le fort militaire où la majorité des travaux de reconstruction qu’ils accomplissaient étaient salissants.

« Tu réponds pas à ma question », constata-t-elle.

Elle se tourna vers lui ce qui fit voler les pans de son vêtement, dans un élégant frou-frou de tissus.

« J’ai des affaires à régler à Stuttgart. »

Un sourire s’était dessiné sur le visage carré de son interlocuteur. Il ne se lassait pas de la regarder, dans n’importe quelle situation. Il l’appréciait et l’estimait. Au camp, il était plus ou moins admis qu’ils étaient ensemble et cela faisait d’elle quelque chose comme la première dame de la province. En réalité, il n’y avait rien d’aussi explicite entre eux. Elle savait qu’il laissait dire, elle s’en foutait, tant qu’il ne lui prenait pas la tête.

« Oui, c’est moi qui me suis chargé de l’éliminer », répondit-il comme s’il parlait d’une chose anodine.

Cela les étonnait, parfois, quand ils discutaient à coeur ouvert, tard le soir, entre leurs draps et à mi-voix, la facilité avec laquelle ils avaient adopté, intégré, la violence du quotidien.

« Quelles affaires ?

— La famille. J’ai un client à convaincre du bien-fondé de l’affaire qu’il est en train de conclure avec mon père. »

Une opération de séduction au sens premier du terme qui l’occupait depuis quelques mois. Fillip perdit son sourire et grogna :

« Tu vas te taper un de tes pigeons ? »

C’était son vocabulaire à elle, désigner les hommes qu’elle séduisait à des fins politico-économiques comme ses “pigeons”. Perparim en avait été un. Fillip aussi, au début. Ils en riaient parfois, mais ce matin-là, lui n’avait pas l’air de trouver cela amusant. Elle croisa les bras, inclina la tête sur le côté et eut cette expression, un petit mouvement de bouche, un tressaillement qui venait rompre l’harmonie de son visage, mais qui la rendait adorable.

« Ça te dérange ?

— Tu pourrais rester ici. Avec moi », fit-il dans sa langue de l’Est.

Ils se parlaient souvent comme ça, dans un mélange d’officiel et de dialecte. Elle haussa un sourcil.

« On n’est pas ensemble. Je ne suis pas à toi. Je couche avec qui je veux, et pas seulement des pigeons.

— Ça pourrait changer, grogna-t-il sans la quitter des yeux.

— Non, ça ne changera pas Fillip, sors-toi ça de la tête. Une bonne fois pour toutes ou…

— Ou quoi ? Tu me quitterais ? Ça serait pas contraire à ce que veut ta chère famille, que tu quittes l’Ordre ? »

Elle pouvait voir qu’il serrait les poings au fond de ses poches à la façon dont les muscles de ses avant-bras se contractaient. Ça avait quelque chose de mignon. Elle se détendit, lui sourit et vint se coller à lui. Il fallait qu’elle se mette sur la pointe des pieds pour l’embrasser.

« Je pourrais te quitter sans quitter l’Ordre… Tu n’es pas l’Ordre », souffla-t-elle, sensuelle et taquine alors qu’il s’apaisait.

Il eut ce rire grave et rocailleux qu’elle aimait entendre, et répondit :

« Pas encore. Je ne suis pas encore l’Ordre.

— Un jour. »

Une plaisanterie régulière, entre eux, exclusivement, même s’il ne cachait son ambition à personne. Elle s’écarta de lui et alla passer des bas noirs pour compléter sa tenue. Il la regarda faire, contrarié, mais ne chercha plus à discuter.

« Tu reviens quand, du coup ?

— Demain soir, je suppose. Je ne peux pas te dire. Je reprends le boulot à Northbridge dans deux jours. »

Elle était affectée au petit hôpital de campagne de la ville côtière, prise dans les glaces la majorité de l’année ; pour la semaine à venir. Si tout se passait bien, elle rentrerait ici le soir. Malgré la distance. Heureusement, ils avaient trouvé le moyen de la sortir du radar de transfert des fédéraux.

« On a un hôpital à Lievinsk…

— Ouais, pour griller ma couverture, ça serait parfait » rit-elle en terminant de se coiffer.

Une dizaine de minutes plus tard, elle marchait vers la porte du fortin, une cape chaude sur les épaules.

« Esther ! »

Sur le coup, perdue dans ses pensées, elle ne comprit pas qu’on s’adressait à elle, mais elle sentit qu’on lui attrapait le bras. Elle se dégagea d’un coup sec et se retourna vers celui qui l’avait interpelée. Entre temps, elle avait reconnu la voix.

« Lawrence ! souffla-t-elle avec un froncement de nez. Ne m’appelle pas comme ça ici ! »

Il rit, moqueur. Ils étaient seuls dans l’une des cours du fort.

« Il faut bien quelqu’un pour te rappeler ta famille », fit-il en reculant de quelques pas.

Il était habillé de son uniforme fédéral, impeccable, les galons de son insigne bien visibles. Elle haussa les épaules, bras croisés, l’air renfrogné. Ils se détaillèrent quelques instants. Frères et soeurs, ils se ressemblaient beaucoup, dans leurs manières, dans leur maintien, dans leurs expressions et dans leur caractère. Lui avait aussi rejoint l’Ordre, malgré son vêtement. Il jouait les agents doubles, dans la brigade mentaliste de l’armée. Il y était spécialiste de la mémoire.

« Qu’est ce que tu viens faire ici ? demanda-t-elle, sur la défensive.

— Rassure-moi, tu vas pas porter ça ce soir ?

— Mais va te faire voir ! » s’exclama-t-elle.

Elle se remit en marche vers la porte du fort. Il rit, à nouveau, et l’accompagna, pour répondre à sa question.

« C’est ton Roméo qui m’a appelé pour une sombre histoire d’agent douanier à lobotomiser…

— Charmant.

— Il sait que tu donnes de ta personne ce soir, pour le gala, ton Roméo ?

— Ça ne le regarde pas, mais oui, il sait.

— Wow. C’est sérieux alors ton histoire…

— Ta gueule, Law… » soupira Adélaïde.

Ils venaient d’atteindre une zone de transfert vers l’extérieur. Elle s’arrêta net et se retourna vers lui pour demander avec une amabilité relative :

« Tu voulais me dire autre chose ?

— Juste avoir de tes nouvelles, petite soeur, répondit-il, radouci. Ça aurait été dommage de ne pas te croiser en passant ici. »

Elle se détendit un peu et lui sourit, sincère. Ils étaient toujours en compétition tous les deux, proche en âge dans la fratrie, lui avait été éduqué comme un militaire, elle avait été formée à évoluer dans la bonne société. On avait sans arrêt comparé leurs progressions. Ça ne les empêchait pas de s’entendre à peu près.

« Ça va, merci. Le coin est paumé, l’activité de Stuttgart me manque. Mais on tient quelque chose de bien ici.

— Te perds pas trop dans leur idéologie, Esth. La famille avant l’Ordre », répondit-il avec un clin d’oeil.

Puis il se détourna et lui fit un signe de main en se dirigeant vers la porte principale.

« À la prochaine.

— À la prochaine », répliqua-t-elle.

Et elle activa le transfert. La famille avant l’Ordre, l’Ordre avant Fillip, Fillip avant elle.

*

Amalia portait une superbe robe de soirée noire et grise au décolleté plongeant. La tenue descendait jusqu’en dessous du genou, mais était fendue à mi-cuisse. Sa nuque était nue, ses cheveux relevés dans un chignon qui ne pouvait qu’être le fruit d’un sortilège. On voyait les belles tresses, entrelacées avec des rubans bleus dans un motif compliqué. Quelques mèches s’échappaient et tombaient sur les côtés sans atteindre son cou et le collier d’argent et d’opale qui sertissaient sa gorge. Ce dernier et la vue qu’il annonçait étaient sans doute plus regardés que la coiffure.

Elle avait plusieurs rendez-vous à tenir ce soir. Rien de personnel, elle n’était là que pour le travail, même si elle devait bien avouer que les galas étaient une partie très agréable de ses engagements professionnels. Toutefois, la tâche était plus simple quand l’homme en face d’elle essayait de penser “Regarde-la dans les yeux” que s’il avait tous ses moyens.

Le premier, avec qui elle discutait pour l’instant, devait prendre le poste de ministre de la Recherche. Elle devait s’assurer qu’il avait les épaules, tant d’un point de vue technique que théorique. Il serait amené à travailler avec des sorciers et sorcières potentiellement dangereux et avides de connaissances. Il devait savoir les gérer, les repérer et en tirer le meilleur parti.

Amalia l’avait soumis à un véritable interrogatoire, plusieurs jours auparavant, entre deux portes. Surveiller que tout se passe bien au niveau des recherches magiques était l’une de ses attributions non officielles. Après tout, elle avait un bagage plus que satisfaisant dans le domaine pour pouvoir prétendre à cette responsabilité.

Cet homme, en pleine discussion avec lui-même pour déterminer si, oui ou non, la femme en face de lui essayait de le draguer, était Albert Lehmann. Il avait vécu à la capitale jusqu’à ses 20 ans puis était parti faire un tour du monde des Universités. Il était habitué à parler avec des érudits et avait souvent eu l’occasion d’expérimenter de nouveaux sortilèges avec eux. Ou de leur servir de cobaye, quelques fois. Avec son front dégarni et ses cheveux gris plaqués sur son crâne pour faire croire qu’il en avait plus, on lui donnait plus que 45 ans. Ce qui creusait un peu plus l’écart entre lui et son interlocutrice. Apprendre qu’elle avait le même âge que lui l’avait étonné. Il aurait parié qu’elle ne dépassait pas la quarantaine.

« C’est pourquoi je pense qu’il serait préférable d’allonger à un an votre période d’essai au Ministère de la Recherche. Je suis certaine que vous comprenez le problème. »

Il sursauta, comme pris en faute, alors que, plongé dans ses réflexions sur cette femme, son regard avait glissé entre ses seins. Il y eut plusieurs applaudissements sur la piste de danse, les musiciens venaient de terminer une belle improvisation. L’homme en profita pour donner l’impression qu’il attendait que le calme revienne. Il toussota et releva les yeux vers elle. En se redressant. Cette dernière remarque l’avait recentré et il dit, dès qu’une musique plus calme reprit :

« Je ne peux pas me permettre une période si longue, madame Elfric. J’ai été estivant ces six dernières années, si je cherche à reprendre un travail stable, ça n’est pas pour me retrouver avec un an, renouvelable, de période d’essai.

— Je comprends bien, monsieur Lehmann, mais vous ne pourrez pas avoir l’oeuf et l’amitié du dragon. Ce que vous demandez est trop pour que l’on puisse prendre ce risque. Trois mille dens par mois, ce n’est pas rien. »

La voix de la fédérale était amicale et désolée, tout comme son regard et son attitude. Elle donnait vraiment l’impression de n’y être pour rien et Albert ne pouvait pas savoir que la décision lui revenait.

« Cherchons une entente, dans ce cas. »

Ils discutèrent ensuite de tout et de rien, en apparence. Une oreille indiscrète aurait trouvé leurs propos fort ennuyeux et bien peu instructifs. Mais à la fin de leur entretien, qui se termina sur deux ou trois danses sur la piste, Albert proposa :

« Je sais ce qui pourrait vous être utile. Je pourrais fermer les yeux sur vos consultations à la Bibliothèque… »

Amalia eut un léger rire, clair, la tête en arrière, ce qui ne manqua pas de perdre à nouveau le candidat dans son joli décolleté.

« Albert… C’est déjà le cas aujourd’hui, vous vous en doutez. Ministre de la recherches. Il y aura d’autres postes, confidentiels, au-dessus de vous. Mon Magistère s’est arrangé pour que je puisse accéder à la Bibliothèque quand je le veux…

— Mais est-ce qu’ils se sont arrangés pour que vos consultations ne soient pas fichées ? »

La sorcière s’arrêta. Ils étaient encore sur la piste et elle recommença à suivre ses pas. Plus proche de lui.

« Plus bas, Albert…, fit-elle dans un murmure. Combien de temps veux-tu ? »

De la distance professionnelle qu’elle mettait entre eux deux, il ne restait plus grand-chose. Ils rentraient à deux dans un autre type de jeu, elle était passée au tutoiement, chose qu’Albert suivit naturellement.

« Trois mois. Si tu descends la période d’essai à trois mois, je fais cela.

— Il faudra que tu le mettes en place sans délai.

— Bien entendu. »

Son objectif atteint, Amalia attendit la fin de la chanson et s’excusa. Elle avait beaucoup d’autres hommes et femmes à voir ce soir.

*

Un gala, c’était l’occasion de sortir du manoir, de mettre en pause les longues soirées d’études passées dans la bibliothèque, de se changer les idées, en somme. Il s’était écoulé plusieurs mois depuis que Naola était venue s’abriter sous le toit de Mattéo et elle ne semblait pas vouloir repartir. À la vérité, elle n’était même pas retournée chez elle une seule fois. C’est Honkey qui s’était chargé de rapatrier la majorité de ses vêtements dans la chambre qu’ils lui prêtaient. Ils en avaient parlé, à demi-mot. On l’avait torturée dans cet appartement. Elle allait laisser le bail se terminer, puis elle chercherait un nouveau logement.

Elle s’était physiquement remise vite, et avait tout aussi vite repris le travail. Elle dirigeait une section de formation sportive pour le compte de la Fédération. Un poste surprenant de responsabilités, pour son âge. Un poste exigeant qui nécessitait une forte présence. Elle avait eu beaucoup à rattraper pour combler le retard pris en son absence. Ce soir, même s’il y avait beaucoup de monde, la jeune politique devait discuter avec le responsable d’un club de sport du sud.

Elle portait pour l’occasion une robe noire, cintrée, sobre et élégante. Ses cheveux châtains respectaient un carré plongeant assez classique, mais elle avait coiffé sa tête d’un bandeau sombre, décoré avec élégance d’une fine fourrure crème. Mattéo, lui, avait passé un costume sur mesure, comme à chaque fois qu’il était en sortie officielle. Son pantalon tombait parfaitement et s’arrêtait juste au-dessus de belles chaussures qu’il avait fait importer pour le gala. Sa chemise était blanche, à l’exception de son blason habituel, deux “M” entrelacés, ses initiales. Une longue cape de soirée, noire, recouvrait le tout. C’était pour rendre service à Naola qu’il avait fait l’effort de se déplacer, car tous deux ne s’affichaient que peu souvent ensemble.

Ils étaient arrivés par transfert officiel. À peine apparu dans la salle, Mattéo sentit quelqu’un chercher à entrer dans ses pensées, comme on gratte à une porte close, avec une insistance désagréable. Ça n’était pas violent, c’était à peine perceptible, mais il n’y avait pas de doute, un mentaliste était présent dans l’assistance. Il repoussa la tentative d’intrusion avec violence, sans déceler d’où elle pouvait provenir. Naola la perçut, elle aussi. Sans se départir de son sourire, elle fit remarquer, sur un ton de conversation :

« On va avoir du mal à s’entendre ce soir, il y a du monde, beaucoup de bruit et quelqu’un qui écoute aux portes…

— C’est exactement ce que j’allais dire. Allons-y ? »

Il avait prononcé cette phrase en ancien français. Une langue presque morte aujourd’hui, mais que certaines grandes familles enseignaient encore à leurs enfants. Lui n’avait pas appris cela de son père, mais dans les livres. Ou en mission.

Il proposa son bras à Naola sans ciller à la nouvelle attaque mentale qu’il venait d’essuyer. Très loin d’être aussi insidieuse que la précédente, elle avait un but précis, vérifier qu’il était bien sur ses gardes, alerte, prêt à se défendre. Son Maître faisait partie de l’assemblée. Et il devrait l’ignorer, comme d’habitude.

Ils entrèrent dans la salle de réception principale. Jusque là, ils n’avaient fait que traverser les couloirs blancs menant au salon du petit château. La pièce était splendide et, comme il se devait, elle montrait très bien la richesse de l’hôte. Un homme proche d’un des présidents de la Fédération. Cette résidence secondaire servait souvent à ce genre de fête.

Un énorme lustre, dont chaque partie était indépendante des autres, volait à quelques centimètres du haut plafond. La lumière imitait celles de bougies, donnant un aspect très chaleureux à l’ensemble. Les murs étaient faits de marbre et de verre coloré, travaillé et soufflé à la main par des mages-artisans. Ces sorciers se passaient ce secret de fabrication de maître à apprenti depuis des siècles.

Un groupe de musiciens, installé au fond de la pièce, au-delà de l’espace de danse, jouait des airs connus sur lesquels de nombreux invités évoluaient déjà. De là où se trouvait le couple, ils n’entendaient la musique qu’au lointain. Il leur aurait fallu littéralement rejoindre les danseurs sur la piste pour apprécier les mélodies sans qu’elles soient atténuées par la magie.

De l’autre côté de la salle, des tables étaient disposées avec soin. De tailles variées, rondes ou rectangulaires, elles étaient toutes recouvertes d’une nappe crème décorée de rouge, vert, ou bleu selon les personnes qui s’y asseyaient. Plusieurs websters attendaient dans un coin, prêt à venir aider, pendant que d’autres arpentaient les lieux, tête baissée, les bras chargés d’amuse-bouche, de verres ou de bouteilles, en équilibre sur leurs bras augmentés. Il allait de soi que ce n’était pas ces mécamages qui assuraient le service. Leur rôle était purement logistique. Seuls les majordomes sorciers seraient en contact direct avec les convives. C’était heureux pour le prestige de l’hôte, car rares étaient ceux qui acceptaient de considérer les websters comme des êtres fréquentables. Ils restaient de simples humains, descendants plus ou moins directs d’une famille qui avait accepté de se mutiler pour entrer au service des sorciers. L’Ordre n’arrangeait rien à l’image que l’on pouvait avoir d’eux dans ce genre de soirée.

« Est-ce que tu vois Monsieur Glyndwir ? », demanda Mattéo.

Il laissa courir son regard sur la salle sans s’attarder sur quiconque. Cette petite observation avait surtout pour but de repérer les Vestes Grises qui se dissimulaient sous les tenues de soirée. Il en devina bien un ou deux, mais il les savait absolument inoffensifs, tant par leur rang que par leurs capacités à user de la magie correctement.

Naola en était au même stade, situer les personnes présentes, mais avec l’optique de noter celles à qui il était important qu’elle parle. Elle identifia son interlocuteur. Comme prévu, il était accompagné. Elle sourit, c’était la raison de la présence de Mattéo, faire la conversation pendant qu’ils discutaient affaires.

« Trois rangées sur notre gauche, deuxième table en partant du mur. Mais on n’est pas pressés, j’ai deux ou trois mains à serrer.

— Très bien, je te suis de toute façon. »

Il se passa ensuite un petit quart d’heure durant lequel Naola sourit, salua, demanda des nouvelles, s’intéressa à une dizaine de personnes. Et enfin, le couple gagna leur place.

« Monsieur Glyndwir, désolée de vous avoir fait attendre. Je suis ravie de faire votre connaissance » fit la jeune femme.

Elle s’installa et c’est en relevant la tête qu’elle jeta pour la première fois un vrai regard à la compagne du dignitaire… Elle eut toutes les peines du monde à conserver son expression. Pas la même coiffure, pas les mêmes habits… pourtant c’était bien Adélaïde qui l’observait de l’autre coté de la table, en sourire teinté d’une légère ironie au coin des lèvres.

De son côté, Mattéo s’était assis, adressant un salut poli au couple mondain qu’ils avaient face à eux. Il attendait que Naola fasse les présentations. Mais la sorcière, elle, était sous le choc. Elle avait eu la présence d’esprit d’amorcer un geste pour lisser et adapter sa robe à sa position séante, si bien elle que les tremblements qui agitèrent quelques instants ses mains passèrent inaperçus. Les souvenirs de son enlèvement lui revenaient en pleine figure et ce n’était pas les frappes mentales que lui envoyait Adélaïde qui arrangeaient les choses.

Le dignitaire, après un silence où il attendit vraisemblablement qu’elle initie la conversation, prit la parole :

« Ne vous excusez pas, nous sommes arrivés tôt et n’étant pas un habitué des dîners à la Capitale, j’avais peu de connaissances à saluer. Je vous présente mon amie, Esther Cromwell. »

La ci-nommée se leva poliment et tendit sa main vers Naola. La jeune femme n’hésita pas une seconde et la lui serra, souriant toujours. C’était une situation désagréable, mais à priori pas dangereuse, pas avec autant de monde autour. Et le contrat qu’elle souhaitait voir s’établir à la suite de cette rencontre était primordial. Elle enchaîna :

« Enchantée de vous rencontrer Madame. Je me permets de vous présenter Mattéo Muspell, mon compagnon. »

Elle ajouta après une très courte pause, pendant laquelle ledit compagnon serrait la main de Glyndwir :

« Votre visage m’est familier, nous sommes nous déjà rencontrées quelque part ? »

Adélaïde fit semblant de réfléchir et répondit avec un sourire très convenu :

« Non, je ne pense pas.

— Mademoiselle, enchantée de vous rencontrer », reprit Mattéo en attrapant la main de la femme. Il fit mine d’y déposer un léger baiser, mais ne fit qu’amorcer le geste, comme il était de coutume avec les dames étant déjà accompagnées. Le but était de lui faire la conversation, pas de la draguer. Il avait adopté une expression aimable, qui se prêtait à l’occasion festive. Cela le changeait.

Naola prit ensuite parti de se désintéresser de la sorcière de l’Ordre, même si elle s’était crispée en voyant Mattéo si courtois envers elle. C’était la réaction la plus naturelle, puisqu’elle ne souhaitait parler qu’avec le représentant. Adélaïde, sans rien en laisser paraitre, entreprit de la tester. Elle se rappelait à elle, par petites touches, pointes acérées qui venaient taquiner ses défenses psychiques. C’était sans doute assez inconfortable pour sa victime qui gardait pourtant une expression tout à fait maitrisée et très professionnelle. La stupeur passée, elle bouillait. La sorcière s’amusait d’elle.

Comme il était là dans ce but, Mattéo commença à faire la conversation, de la manière la plus banale :

« Avez-vous eu l’occasion de visiter la Capitale depuis votre arrivée ?

— En réalité, Stuttgart est mon lieu de résidence principale, mais je voyage beaucoup, répondit Adélaïde, toujours aussi poliment. Et vous ? Vous n’êtes pas d’ici, si je ne me trompe pas ?

— En effet, répondit l’homme, étonné. Je suis né à Sofia. Je pensais ne pas avoir d’accent… »

Que quelqu’un puisse déceler d’où il venait ne lui plaisait pas. Il ne savait pas qui il avait en face de lui, mais il vivait depuis plus de dix ans dans la périphérie proche de la Capitale. Il avait suivi des cours dans le plus prestigieux collège de Stuttgart, où il avait fait disparaitre les dernières traces de son accent de l’Est. Esther Cromwell lui répondit, l’air navré.

« Non, non, votre accent est parfait. Je ne voulais pas vous gêner, c’est juste qu’une de mes connaissances est originaire du Pays d’Iskaăr, et vous avez des traits de visage communs. »

Ils avaient démarré le repas, des plats fins dans des assiettes bien dressées. Des aliments de qualité. Il aurait été dommage de ne pas en profiter. Naola avait pris le pli. Elle avait calé sa défense mentale suffisamment haut pour qu’Adélaïde ait à fournir un effort pour l’inquiéter. Et elle utilisait tout le reste de sa concentration disponible pour mener sa discussion. Elle n’avait pas commencé à aborder le sujet qui l’intéressait, occupée à définir si son interlocuteur était ou non de l’Ordre lui aussi. Elle espérait presque que ce soit le cas. Pas question de faire affaire avec lui si c’était le cas. Elle pourrait se lever et partir.

Mais, pour l’instant, elle n’avait aucune certitude. Soit le dignitaire jouait très bien la comédie, soit c’était juste un bon pigeon. Et elle penchait plutôt pour la deuxième option, qui, qui plus est, rendait ses objectifs plus faciles à atteindre. Elle n’était même pas sure qu’il soit sous l’influence d’un sortilège de manipulation. Adélaïde l’avait peut-être simplement séduit… ce qui ne devait pas être bien compliqué vu la régularité avec lequel l’homme jetait un oeil sur son décolleté.

On leur apporta du pain et on les servit en vin. Mattéo se redressa en se décalant de quelques centimètres pour laisser la place au majordome. Il déposa une petite miche de pain, gonflée et dorée, recouverte de graines diverses, dans une assiette argentée prévue à cet effet.

« Merci. »

Il laissa l’homme s’éloigner, avant de continuer à manger. Il surveillait chaque bouchée. N’importe qui aurait pu mettre du poison dedans, son Maître y compris, pour tester s’il était sur ses gardes. Cette idée le fit sourire. Si Alix n’avait pas été là, il aurait été moins attentif. Et il jeta un coup d’oeil à celui qui poursuivait sa distribution du pain.

« Vous avez de la famille à l’Est ? » demanda Adélaïde.

Elle rompit une miche avec des gestes délicats, mesurés. Il ne faisait aucun doute qu’elle était très à l’aise dans cette situation. Elle précisa sa pensée :

« Le Pays d’Iskaăr, ça n’est pas si loin de la frontière Slavesq…

— Ce n’est pas très loin, mais c’est une région fédérée, répondit Mattéo, dans un sourire entendu. Heureusement que leur commerce principal ne dépendait pas des Slavesqs. Mais de toute façon, je n’ai pas de famille là-bas. »

Presque pas de famille là-bas, pensa la sorcière. Elle connaissait l’histoire du garçon, mais elle se garda bien de le laisser paraitre.

Ils parlèrent un moment de la situation sur place. De façon générale, à la Capitale, on trouvait que ce qui se passait à la frontière était horrible. Tous ces morts… Et la Fédération qui n’avait pas su anticiper tout cela. Ni l’un ni l’autre n’avaient pris le risque de dévier du consensus autour de la guérilla, même si l’homme aurait eu fort à dire à propos de l’influence de l’Ordre sur le problème. Quand le sujet s’épuisa, les assiettes terminées, plutôt que d’attendre la suite dans le silence, Mattéo demanda

« Que faites-vous actuellement dans la vie ? Si ça n’est pas indiscret

— Je suis médecin… Enfin… »

Elle fit une pause pour prendre une gorgée de l’excellent vin qu’on leur avait servi. Elle le savoura avec un sourire.

« … Je ne suis pas affectée à la Central. J’effectue des missions de soutiens dans les cabinets médicaux et les hôpitaux de campagne. Tous les sorciers n’ont pas la chance d’être reliés au réseau de transferts. Certains patients ne peuvent pas être déplacés… Bref, c’est surtout un travail administratif, même s’il m’arrive de donner un coup de main quand le médecin local est dépassé. »

Elle reposa son verre en cristal sur la table. Elle s’était amusée à augmenter la pression qu’elle imposait à Naola qui venait d’aborder les questions de financement. La jeune femme marqua un léger temps d’arrêt, puis se passa la main sur le front avant de boire un long verre d’eau. Geste qui n’échappa pas à Mattéo, même s’il ne laissa rien paraitre. Il savait qu’un mentaliste était dans la salle. Il aurait aimé communiquer avec elle par la méthode qu’elle avait apprise au manoir. Une méthode simple, mais efficace.

Le principe reposait sur l’envoi d’une attaque très douce à la personne avec qui on souhaitait dialoguer. Pour prévenir que l’on voulait initier la conversation. Il fallait garder ses défenses mentales actives en ne diffusant que la pensée à partager à la surface. Et ainsi de suite. Ça n’était pas de la télépathie, pas dans l’état actuel des recherches magique. Mais cela avait l’avantage d’exercer au mentalisme, magie difficile à appréhender pour la plupart des sorciers.

Néamoins, cette superbe idée était inefficace quand quelqu’un écoutait aux portes en sondant à intervalle régulier chaque personne dans la pièce… L’homme se contenta donc de relever le léger malaise de sa compagne sans interrompre sa conversation polie.

« Tous les hôpitaux restent connectés entre eux, n’est-ce pas ?

— Oui, c’est vrai. Mais, les carrières se font à Centrale, sourit-elle en réponse à sa tentative polie pour valoriser ses propos. Et vous, qu’est-ce qui vous occupe ?

— Je suis Coureur droit dans l’équipe de Ligue 2 à Centrale. Je fais de la Course à quatre en hexoplan », répondit le sorcier dans un haussement d’épaules.

Voilà la version officielle qui justifiait sa musculature. La Course à quatre était une épreuve sur des machines volantes où deux équipes de quatre s’affrontaient. Ils devaient ramener 10 balles de plombs d’un côté du terrain à l’autre avant que l’adversaire y parvienne. La ligne d’arrivée d’une formation était le camp de départ de la deuxième. Il y avait de nombreuses techniques différentes pour arriver à ses fins. On pouvait se contenter d’essayer d’amener son plomb de l’autre côté ou décider d’empêcher la bande rivale de réussir, par exemple. Chaque affrontement était original, et c’est ce qui plaisait à Mattéo.

« J’y suis entré en tant que réserviste à ma sortie d’études. Et j’ai rapidement été passé titulaire, ajouta-t-il.

— Impressionnant, fit la sorcière en laissant courir ses yeux le long des épaules en effet bien dessinées de son interlocuteur. La Course de quatre… c’est dangereux comme épreuve. Votre compagne a joué en Loon, n’est-ce pas ? C’est ainsi que vous vous êtes rencontrés ?

— Oui, nous nous sommes rencontrés grâce au sport, répondit le sportif avec simplicité. Vous volez ?

— Absolument pas », rit la femme.

Un rire léger, agréable.

« Tu danses, en revanche, intervint Glyndwir qui écoutait l’échange d’une oreille. Que diriez-vous d’une petite pause pour nous dégourdir un peu ? »

On leur avait servi une glace agrémentée d’alcool et le repas était en suspens. Plusieurs couples s’étaient levés pour aller danser. Son interlocutrice acquiesça, trop heureuse de pouvoir enfin s’éloigner d’Adélaïde. L’émissaire invita sa partenaire, qui ne paraissait pas très enchantée, et tous deux rejoignirent la piste de danse. Mattéo quitta sa place juste après le départ d’Esther.

Naola les observa partir et, à nouveau, se passa la main sur le front. Elle serra le poing et les dents. Adélaïde, en s’écartant, venait de lui asséner un coup violent, à la limite de ce qu’elle pouvait supporter. Elle se leva après deux secondes et souffla :

« Sortons prendre l’air.

— Bien. »

Il proposa son bras à son amie et l’entraîna vers le parc du château. Celui-ci était éclairé faiblement et plusieurs couples se promenaient. Une femme à la longue robe noire et grise était appuyée sur la rambarde en pierre et discutait avec un homme habillé d’un uniforme d’outre-mer. Ils arrêtèrent de parler en voyant les deux autres arriver et la discussion ne reprit qu’une fois qu’ils furent hors de portée.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda alors Mattéo.

Naola ne répondit pas. Elle s’était collé un sourire détendu, charmant et avait salué d’un petit signe de tête les couples qu’ils avaient croisés. Elle avisa un recoin plus sombre, à la dérobée de l’entrée principale. Ils étaient jeunes et amoureux, il n’y avait aucun mal à ce qu’ils se glissent dans la pénombre. Elle l’attira contre lui, passa ses bras de part et d’autre de son cou et s’appuya contre lui. Elle se prenait le contre coup de tout ce qu’elle avait refoulé durant le repas. Pourtant il faudrait bien qu’elle y retourne.

« Isole-nous. »

L’homme s’exécuta. Cela faisait un peu trop d’ordres à son goût, mais elle paraissait vraiment mal. Son concentrateur apparut. Une simple bague d’Iris qui occupait la moitié de première la phalange de son index gauche. Il en avait un second, identique, à droite. Mais l’un comme l’autre étaient cachés. Il n’aimait pas les exposer. Il fit quelques manipulations rapides et le bijou disparut.

« C’est fait. Qu’est-ce qu’il se passe ? répéta-t-il, inquiet.

— C’est Adélaïde », répondit-elle aussitôt.

Elle reprit sa salive et précisa :

« La femme qui accompagne Glyndwir, c’est Adélaïde. »

Mattéo resta silencieux. Ses yeux gris étaient devenus froids, durs. Il serra les poings et ses ongles commencèrent à entailler sa peau. Il déglutit et se força à décontracter ses épaules avant de continuer :

« Et je suppose que ton contrat est trop important pour que nous partions… Elle s’attaque à toi ?

— Oui, répondit-elle en hochant à nouveau la tête, très lentement. Elle s’amuse bien »

Elle devait faire des efforts pour ne pas trembler. Elle eut un sourire amer. Puis elle ajouta, après un silence

« Je n’ai pas réussi à avoir de certitude pour Glyndwir, mais je ne pense pas qu’il soit dangereux. Et son concours est essentiel pour mes projets. Je suis désolée, mais il va falloir supporter ça jusqu’à la fin de la soirée.

— Quelle salope… » lâcha Mattéo.

C’était froid. C’était inhabituel. Naola écarquilla les yeux. En temps normal, elle aurait probablement ri d’entendre le mot salope dans sa bouche. Mais là, vraiment, elle n’avait pas envie de rire.

C’était justifié. Il sentait monter en lui le besoin viscéral de frapper la Veste Grise. Il passa la main sur son menton pour réfléchir une seconde, puis il ajouta, distrait

« Tu n’as pas à être désolée… Je crois pouvoir t’aider. Si je l’attaque, elle devrait moins s’en prendre à toi.

— Ça va aller. Il faut juste que je me reprenne. Si tu arrives à stopper ses attaques, il n’y aura pas de problème »

Elle fit une pause, elle avait senti la colère du jeune homme… Mais elle s’étonnait, car elle-même, elle n’arrivait pas à l’éprouver. Elle avait de la peine à le regarder lorsqu’elle ajouta :

« Fais ce que tu peux, mais je ne veux pas d’esclandre. Pas ce soir. »

Mattéo ne répondit rien. Bien sûr, il n’allait pas tout gâcher. Et puis, dans les temps qui courraient, il était bien difficile de prouver la culpabilité d’une Veste Grise. Il risquait plus de finir en prison que de l’y envoyer elle. Non, il ne ferait pas cela en public. Comme d’habitude.

Finalement, pour rassurer Naola sur ses intentions, il dit avec douceur :

« Je ne suis plus du genre à agir sur un coup de tête dans une situation pareille. »

Il la prit tendrement dans ses bras et la serra contre lui.

« Je vais juste essayer de t’aider. »

Naola ferma les yeux et se laissa aller contre lui. Elle cessa de lutter et attendit que ses tremblements se calment, que sa tension nerveuse redescende. Il n’y avait rien à ajouter, aussi lorsqu’elle estima avoir récupéré un minimum de contenance elle s’écarta du jeune homme.

« On y retourne ?

— Je vais envoyer mes attaques quand nous serons assis », répondit-il en la relâchant.

Il jeta un coup d’œil derrière eux. Le couple du perron avait disparu. Sans doute avaient-ils rejoint la réception. Il embrassa Naola et il demanda

« Prête ?

— Ouais. »

Elle recula d’un pas et ajouta, sur un ton enjoué, approprié à cette soirée festive :

« On y retourne ! »