Écrire et laisser la Plume se déchainer sur le clavier. Ah la Rage d’un texte écrit d’une traite à la force de l’inspiration ! Quand presque, à bout de souffle elle termine une action époustouflante, une scène émouvante, une description folle par un point. Un point final, s’il vous plait !
Le Raisonnable voudra qu’on relise. Et on relira. Parce que, se moque Moqueur, on sait ce que ça donne un premier jet. Des fautes, des répétitions, des verbes faibles et des tournures mollassonnes.
Des tournures mollassonnes, s’exclamera celui qui s’exclame. Moqueur exagère, en général il faut plutôt les tempérer, les tournures de phrase. Les lisser parce que la Plume est de nature fougueuse.
Dans tous les cas, relire, corriger, c’est toute une épopée.

Nous écrivons à quatre mains et dans notre duo, le travail de correction m’incombe. En échange, je gagne le « final cut » des chapitres. Et Tat’ me laisse aussi le dernier mot, sans trop se battre, quand je m’emporte sur un détail stylistique.
Avant d’aller plus loin, je précise que je ne parlerais ici que de corrections sur la forme (l’orthographe, le style). Le fond, c’est une autre paire de manches !

Lisser les tics d’écriture

Tat’, comme moi, comme tout le monde, on a des tics d’écriture. Moi j’écris « du coup » à tout va. Elle commence très souvent ses phrases par un « Et ». Je ne vous parle même pas des adverbes en « ement » qui semblent rendre une description plus précise, mais ne font que l’alourdir. Ou de l’usage abusif du participe passé…
On m’a aussi pointé du doigt l’excès de présence des verbes « être » et « avoir ».
Il faut donc, avant tout, bien se connaitre. Bien connaitre ses petites manies. Et les traquer froidement.
Pour les « ement », les « ant » et les « Et », une méthode, simple : j’utilise la fonction « rechercher ». Elle me surligne chaque occurrence. C’est très visuel, ça permet de remarquer tout de suite le manque d’équilibre dans un texte.

S’il y a plus d’un adverbe et un participe passé dans un paragraphe, j’y regarde de plus près et je me pose la question :
« Est-ce que ça ne peut pas être reformulé ? Et une fois reformulé, est-ce que ça n’est pas plus agréable à lire ? »

Cette question, on va se la reposer à longueur de temps 🙂

Antidote : le compagnon de mes corrections

On a donc un texte à peu près débarrassé de nos vieux travers. Mais, malheureusement, notre orthographe (à toutes les deux) varie de médiocre à correcte. Rien de désastreux, mais il a tendance à tomber en chute libre sous le coup de la fatigue ou de l’excitation.
Le passage au correcteur orthographique obligatoire.
J’utilise Antidote 8, une solution développée par l’éditeur Druide. J’ai peur que la suite de ce texte se termine d’ailleurs en publicité pour le produit. Mais franchement, vu tous les services qu’il me rend, je lui dois bien ça.
Chaque chapitre est donc passé à Antidote.
Le soft surligne de rouge toutes les fautes… Jusque là, c’est très classique, mais il dispose également de nombreuses fonctionnalités.
Dans le cadre de la correction orthographique, j’apprécie particulièrement le fait qu’il surligne les passages qui échappent à sa compréhension.

En gros, vous avez un logiciel qui référence toutes les règles de grammaire imaginables (et dont vous pouvez configurer le niveau de langue, au passage) qui vous dit « Hey gars, là, j’arrive pas à piger la règle que je dois appliquer ». Et en vous avouant sa faiblesse, il vous montre du doigt les endroits où vous avez, très certainement, fait une faute. C’est très pédagogique. Il ne vous régurgite pas sa correction toute cuite dans la bouche (erk !), il vous incite à réfléchir par vous même à ce qu’il faut corriger.
Ça permet de progresser. Un correcteur orthographique qui vous enseigne l’orthographe… c’est un peu comme le poissonnier qui vous apprendrait à pêcher !

Traquer les répétitions

Un texte riche est un texte qui a du vocabulaire. Enfin. Il me semble. Intuitivement, on écrit avec un vocabulaire réduit. Une écriture de confort, propice à laisser s’exprimer l’histoire, mais finalement assez indigeste.
À nouveau, j’utilise Antidote. Il dispose d’un onglet « style », avec un curseur qui permet de surligner (à nouveau !) les mots répétés. On peut régler sa sensibilité, détecter ou non les mots de même famille…
Au début, un chapitre de 4500 mots comporte environ 230 répétitions.
Comme pour les tics de langage, je repasse sur chaque répétition.
« Est-ce un effet de style ? Est-ce maladroit ? Dois-je employer un synonyme ? Ou reformuler ce passage ? »
Oh ! En parlant de synonymes ! Antidote intègre un large dictionnaire. Synonymes, antonymes, conjugaison, champs lexicaux… Moi qui suis de la jeune école et qui n’ai, pour écrire, aucun Bescherelle, aucun dictionnaire à portée de main… je me repose entièrement sur Internet. Et lorsque je ne dispose pas d’une connexion… Eh bien cette alternative est très appréciable !
Sinon je trouve généralement mon bonheur en synonymes sur le dictionnaire de l’académie de Caen :3

http://www.crisco.unicaen.fr/des/

Vérifier la longueur des phrases

Même punition que pour les synonymes… L’onglet « Style » dispose d’un analyseur de longueur de phrase. On peut régler sa sensibilité (par défaut, c’est à 45, mais je l’ai réduit, il y a peu).
« Cette phrase, pourquoi est-elle longue ? Cela a-t-il un sens de la placer dans le récit ? Est-elle décomposable en plus phrases ? » La réponse en généra, c’est non. Maaaaais des fois non.

Vérifier la « sémantique » du texte

Là c’est un peu plus subtil. Antidote propose d’analyser la sémantique du texte, c’est à dire liste les mots « forts » comme « courage, aventure, joyeux… » et les mots « faibles » (tristesse, noirceur, mou…), ainsi que les positifs et les négatifs. Cela permet de dégager une couleur dominante du texte. Je vérifie simplement que cette couleur est en adéquation avec l’action du chapitre… Contrairement aux autres étapes ça, c’est plutôt rapide 🙂

Relire, relire et relire

Une fois toutes ces corrections faites, Tat’ relit le texte. Elle fait les ajustements qu’elle juge nécessaires. Puis on laisse maturer, tant sur le fond que sur la forme. Selon le chapitre, on peut y revenir. On relit encore. Des fois pour corriger, des fois pour le fond…

J’aimerais vous dire qu’on fait ensuite passer toutes les retouches suivantes (celles des lecteurs) au correcteur orthographique, mais… non, souvent, j’ai la flemme. Et force est de constater que ce petit manque de rigueur est à l’origine de bien des coquilles qu’on nous fait remarquer…

Alors bien sûr, c’est très loin d’être infaillible. Antidote a, par exemple, un peu de mal avec les phrases complexes, avec un enchainement de virgules. Ses corrections automatiques ne sont pas toujours pertinentes. La correction d’un chapitre me prend au minimum quatre heures. Les Résistants, c’est 19 chapitres. J’avoue qu’à la fin, j’en avais marre XD