Cet article fait partie d’une série intitulée « Melody : Objectif papier ».

Lorsqu’on publie une œuvre numérique, il est simple d’y apporter des modifications. Une mise à jour suffit à transformer l’histoire, à revenir sur une incohérence, à corriger une faute d’orthographe. Ça ne coûte rien, si ce n’est un peu de temps, et cela permet de faire vivre un texte au-delà de son point final.

Publier sur papier, c’est assumer que l’on va figer le texte définitivement sur un support donné. Une grande partie de travail de prépublication va donc consister à concevoir une version stable de son texte. Une version dans laquelle on ne regrettera pas l’absence de tel passage, ou la présence de telle faute… car une fois le fichier envoyé à l’imprimeur, il n’y a plus de retour possible.

La première étape vers cette version stable du texte passe par un processus que tout auteur pratique régulièrement : la relecture.

La relecture : un travail de fond

Que vous soyez un adepte de l’écriture compulsive, des plans détaillés, des multiples brouillons ou de l’écriture tous les 36 du mois… écrire prend du temps.

Tellement de temps que lorsque vous posez votre point final, votre style, la vision que vous avez de votre œuvre, la trame de votre univers… tout a évolué.

Autre problème, après tous ces efforts, votre histoire, vous la connaissez trop bien. Quoi que vous fassiez, vous serez incapable de la relire d’un œil complètement neuf. Impossible, dès lors d’éprouver l’effet que verra votre texte sur vos futurs lecteurs.

Pour pallier à tout cela, il y a une solution très simple : demander à d’autres de vous relire.

Relecteurs, bêta-lecteurs, lecteurs…

Plus votre texte est relu, bêta lu, lu, meilleur il sera. Mais quelles différences y a-t-il entre ces trois étapes qui semblent assez semblables et sont toutes aussi importantes dans le processus de finition de votre texte ?

La relecture doit être sans concession, aussi bien sur la forme que sur le fond. Votre relecteur n’est pas n’importe qui et vous allez lui confier de grands pouvoirs sur votre œuvre. Il ne vous ménagera pas, il vous prendra la tête sur tellement de détails que vous vous retrouverez à pleurer, en PLS sur votre canapé, à vous dire que vous êtes nul et que vous ne savez pas écrire.

C’est aussi lui qui vous redonnera confiance, qui vous aidera à vaincre vos tics d’écriture, qui vous forcera à surmonter vos faiblesses. Un commentaire positif de sa part (se traduisant chez nous par un petit cœur dans la marge) s’apparentera pour vous à une médaille olympique.

Votre relecteur doit être ainsi : intransigeant et bienveillant.

La bêta-lecture a, quant à elle, pour but de challenger votre texte en le soumettant à des personnes plus neutres et de recueillir leurs avis, critiques, commentaires et remarques. C’est un excellent moyen de tester la cohérence générale de votre histoire, d’en souligner les points forts et les points à retravailler, voir les passages à réécrire. Voir son texte se faire disséquer par des relatifs inconnus n’est pas quelque chose d’agréable, c’est pourquoi la posture du bêta-lecteur doit être, elle aussi, très bienveillante. À l’auteur d’accepter la critique, au bêta-lecteur de formuler une critique acceptable.

La relecture et la bêta-lecture, malgré tous les bienfaits qu’on peut porter à leur crédit, ont un défaut majeur : ce sont des activités sérieuses. Vos collaborateurs s’engagent à vous aider, mais par cette démarche même, ils biaisent le rapport qu’ils vont entretenir avec votre texte. Leur lecture n’est pas (complètement) récréative. C’est pourquoi il est indispensable de confronter les premières versions de votre œuvre à un vrai public.

Des lecteurs qui ne cherchent qu’à lire, qu’à se divertir à travers vos mots.

Nous avons la chance de vivre à une époque où internet a considérablement réduit l’écart entre lecteur et auteur, ce qui démultiplie les possibilités d’obtenir des retours sur ses œuvres.

Dans le cas de Melody, c’est Cloé qui a pris le rôle de relectrice. La bêta-lecture s’est faite sur Wattpad, grâce à quelques lecteurs qui se sont spontanément lancés dans des commentaires très poussés. Les retours combinés des bêta-lecteurs et lecteurs nous ont amenées à revoir complètement la fin de la nouvelle.

Plateformes d’écritures et de lectures, communauté d’auteurs.

Évidemment, nous sommes deux et cela facilite beaucoup le travail de relecture. Nous sommes dans la même pièce, nous pouvons discuter, lire des passages à haute voix… Néanmoins, internet regorge d’endroits où un auteur pourra trouver de l’aide pour finaliser son texte.

Sur Scribay, par exemple, tout auteur s’impliquant dans la lecture d’autres œuvres se voit quasiment certain d’obtenir de l’aide en retour. L’ergonomie du site est pensée pour faciliter la correction et la bêta-lecture.

Wattpad est un formidable moyen de confronter son texte aux vrais lecteurs (qui peuvent être la cible finale de votre ouvrage 😉 )

Il existe de nombreux forums basés sur l’entraide entre auteurs. Nous fréquentons l’une et l’autre deux de ces forums que nous ne pouvons que vous conseiller tant ils nous apportent :

L’Allée des Conteurs, qui axe sa communauté sur la bienveillance et l’encouragement mutuel. L’ambiance y est excellente et très amicale. Vous pouvez vous y intégrer et trouver un binôme dont vous serez le relecteur et qui sera votre relecteur.

Cocyclic, est une communauté orientée vers la bêta-lecture très exigeante et qui, au premier abord, peut paraître un peu austère. Pourtant, intransigeance est loin de ne pas rimer avec bienveillance.  

Travailler à plusieurs sur un même texte : quels outils ?

À partir du moment où vous demandez à d’autres de commenter votre texte, vous allez devoir réfléchir à une façon de travailler ensemble.

Pour notre part, nous utilisons Google Document, qui, grâce à son système avancé de suggestions et de commentaires, nous permet de travailler, à deux, en même temps, sur le même document, le tout avec un retour visuel immédiat.

 

C’est clair et précis, chaque suggestion doit être approuvée, chaque modification est notifiée.

Un exemple de ce que ça peut donner dans les cas les plus extrêmes :

Framapad (https://framapad.org/) propose une alternative libre de bonne qualité à Google Document avec des fonctionnalités très similaire.

Microsoft Office Word propose lui aussi ce genre de fonctionnalités, grâce à l’onglet « Révisions », mais elles ne sont pas effectuées en temps réel, ce qui empêche une collaboration instantanée. Nous n’avons jamais travaillé avec la version en ligne de Word, difficile, donc, de vous dire si l’outil est aussi agréable que Google Doc ».

La chasse aux fautes est ouverte

Cela ne vous aura sans doute pas échappé, mais, bien que nous ayons parlé de relecture en long, en large et en travers, nous n’avons absolument pas parlé de l’orthographe, de la grammaire et de la conjugaison du texte.

Certes, vos différents lecteurs, relecteurs, bêta lecteurs peuvent relever des fautes, des vraies, mais ce ne doit clairement pas être leur préoccupation principale.

En revanche, une fois la forme et le fond de votre texte figés, il vous reste encore une étape : la chasse aux fautes et aux typos.

Relire pour traquer les fautes demande une méthode particulière qui implique de se détacher des mécanismes du récit, de prendre de la distance avec la lecture. Là encore, plusieurs étapes sont nécessaires pour vous assurer que votre texte ne comporte plus de « typos ». Chaque étape va agir comme un filtre : le tamis d’un orpailleur qui cherche à séparer l’or des impuretés. Plus on tamise, plus le texte sera propre. 😉

1 — Utiliser un logiciel de correction orthographique

Quel que soit votre niveau de français, vous avez besoin de corriger vos écrits. Même si vous êtes un dieu de l’orthographe.

Un logiciel de correction orthographique est un allié essentiel à toute bonne correction. Bien sûr, une telle correction n’est pas infaillible, mais elle a le mérite de pointer les endroits qui peuvent prêter à confusion, les points qui peuvent poser problème.

Nous utilisons Druide Antidote, un logiciel payant dont nous avons piraté la licence. Tant que notre travail ne nous permettait aucune rémunération, nous ne pouvions pas dépenser une centaine d’euros dans cet outil. Nous avons pour intention d’acheter une licence dès que les ventes de Melody nous le permettront. C’est même la première chose que nous ferons une fois le palier des 550 € de recette dépassés : on ne se fait pas de sous sur le travail de quelqu’un sans le rémunérer lui aussi.

Pour plus de précision concernant notre utilisation d’Antidote, n’hésitez pas à consulter l’article que nous lui avons déjà dédié.

2 — Faire relire par votre maman qui est vraiment super forte en orthographe

Si vous avez, dans votre entourage, quelqu’un qui dispose de compétences particulières en orthographe et qui est disposé à vous relire, ne vous privez pas. Deux ou trois corrections valent mieux qu’une.

3 — Faire appel à un professionnel

Vous avez relu votre texte, d’autres l’ont relu, il a été bêta lu, vous l’avez corrigé, vous l’avez remanié…

À chaque étape on vous a relevé des problèmes, des typos, des « s » manquants, ou des « ent » de trop… Vous estimez que ça y est, c’est bon, c’est propre, et que, vu le nombre de personnes qui sont passées dessus, il est impossible qu’il reste la moindre faute.

Et vous avez tort.

Ai-je vraiment besoin d’un correcteur ?

Vous devez passer par un correcteur professionnel. Ce n’est pas une option.

Si vous voulez que votre travail d’auto-édité tende au maximum vers le professionnalisme, vous devez vous montrer professionnel. Et en termes de correction, quel que soit votre niveau, vous ne disposez pas des méthodes utilisées par les professionnels de la correction.

Même si vous êtes vous même professeur de français, vous ne pouvez pas avoir tout vu. Vous lisez ce texte depuis des mois, des années. Votre regard glisse, se laisse emporter par l’action ou la description, vous rappelle combien vous avez galéré sur ce passage… Vous ne pouvez pas être suffisamment neutre pour faire une vraie correction.

Sur Melody, huit ans, deux vampires et l’apocalypse, nous avons fait appel à une correctrice professionnelle qui, lorsqu’elle nous a retourné son devis, nous a indiqué que la correction serait « rapide et simple, car le texte était plus que correct ».

Résultat : Nous avons passé cinq heures sur le document qu’elle nous a renvoyé, à relire et valider ensemble toutes les fautes relevées et toutes les corrections suggérées. Selon elle, il n’y avait pas grand-chose. Selon nous, c’était effarant le nombre de choses que nous avions laissé passer. Elle nous a notamment pointé un problème de cohérence temporel à l’imparfait du subjonctif.

Alors oui, il nous en a coûté quelque 157 € pour la prestation, mais, même pour ce texte très court et relu par un grand nombre de personnes, cette correction était indispensable.

Enfin, dernier point : passer autant de temps à lire, comprendre et assimiler le travail de correction qui nous a été livré a été très instructif. Nous avons beaucoup appris et notre correctrice s’est montrée très fine et très pédagogique dans ses corrections.

Où trouver des correcteurs professionnels ?

Vous pouvez demander une mise en contact sur Atramenta, c’est comme cela que nous avons rencontré notre correctrice.

Nous lui avons envoyé un fichier Word de notre histoire, puis elle nous a fait un devis de 157 €. Sachez que le prix de la correction dépend de trois facteurs :

  • Le nombre de mots/caractères dans votre œuvre
  • Le niveau de Français utilisé (kelq1 ki ékri kom sa ora 1 2vi + élevé ke la moiyene)
  • L’emploi du temps, le niveau et le tarif de votre correcteur

En résumé :

Figer votre texte dans sa version imprimable nécessitera :

  • Une relecture poussée par un tiers de confiance
  • Une relecture multiple par des bêta-lecteurs plus neutres
  • Une confrontation auprès de votre public cible via internet

Une fois votre version imprimable figée, sur le fond et la forme :

  • Une relecture rien que pour l’orthographe, à l’aide d’un outil adapté
  • Une relecture par un proche doué en orthographe, si c’est possible
  • Une relecture par un professionnel de la correction, pour traquer les derniers détails.

À la suite de quoi vous aurez, enfin, la matière nécessaire à toute la suite du processus d’édition… Mise en page, identité graphique, mentions légales… on n’est qu’au début de l’aventure !

Rendez-vous la semaine prochaine 😉 !


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