25 – Menteuse

NdA : Bonjour ! Ce chapitre comporte un dialogue en anglais et en russe ! Pour vous faciliter la tâche, nous l’avons traduit… Vous trouverez donc de petits chiffres dans le texte : ils font référence à la note de bas de page à consulter tout en bas. Bonne lecture !

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Adam et Vermine ne revenaient pas. Ils n’étaient pas revenus en un rien de temps, ni en quelques dizaines de minutes, ni même en une heure.

Clarence, pour oublier la boule qui lui mâchait le ventre, s’était occupée à trier les pommes, de la plus grosse à la plus petite, puis de la plus abîmée à la plus jolie. Elle empilait les fruits en une pyramide bancale, qu’elle démolit d’un geste brusque.

« Et s’il ne revient jamais ? » murmura-t-elle.

Sa voix tremblait, mais pas de peur, plus de rage, ou d’une tension retenue jusqu’à plus pouvoir.

Melody, allongée sur le tapis, se redressa sur le coude et observa son amie. Elle ne savait pas quoi répondre : elle-même s’était posé au moins mille fois cette question et elle avait rejoué tout autant de fois le moment où Adam avait disparu dans l’ombre du couloir. Ça s’était passé vite, sans que personne se méfie ; elle aurait dû être sur ses gardes, elle connaissait déjà des vampires, elle !

En tout cas, toutes les deux avaient fini par utiliser la comptine du petit coin.

« Si ça se trouve, Vermine l’a avalé tout rond, insista Clarence.

— Ça ne mange pas comme ça les vampires. Les vampires que j’ai rencontrés, ils voulaient que j’aille bien, pour que je leur serve de garde man…, répondit Melody en essayant de se montrer rassurante.

— On ne peut pas rester là à ne rien faire », coupa Clarence.

Elle se leva, marcha jusqu’à l’entrée et vérifia pour la millième fois au moins qu’elles étaient enfermées — elles l’étaient — que la magie ne fonctionnait pas sur la serrure — elle ne fonctionnait pas — qu’il n’y avait pas d’autre issue à la pièce — il n’y en avait pas.

Clarence, en désespoir de cause, se mit à frapper la porte de toutes ses forces, les deux poings contre le bois.

« Rendez-moi Adam ! Give me back Adam ! Верни мне Адама! ! » tonnait-elle de toutes ses forces, encore et encore.

Melody se laissa retomber sur le dos, se boucha les oreilles et se recroquevilla sur elle-même, pour ne pas écouter les cris de Clarence, puis pour ne pas entendre ses sanglots, ce qui ne fonctionna pas. Son amie, au bout de beaucoup de temps, s’écarta de là où elle s’était finalement affaissée et rejoignit Melody. Elle s’allongea tout contre elle et elles se serrèrent dans les bras, de toutes leurs forces, et, à un moment, s’endormirent.

*

Faust entra dans la pièce en ouvrant la porte avec tellement de force que les murs tremblèrent. Les fillettes, réveillées en sursaut, s’empressèrent de se lever, mais la vampire ne leur prêta aucune attention. Elle portait Adam, jeté sur son épaule, et le flanqua sur une chaise avec des gestes brusques.

« Suivre Vermine ! s’énerva-t-elle. Suivre Vermine, seul et dans le noir ! Stupide humain ! Et l’instinct de survie ? Et la sélection naturelle ? Darwin becquetait les enfants de ton genre pour moins que ça ! »

Adam gémit et pour toute réponse s’effondra face contre terre.

« Adam ! » s’écria Clarence en se précipitant vers lui.

Le garçon faisait peine à voir, livide jusqu’au violacé. Melody se dit qu’elle aussi devait avoir perdu tout le sang de son visage, comme Clarence, en détaillant leur ami. Son cou s’ornait de deux profondes plaies, ses chairs, déchirées sur plusieurs centimètres, pendaient en lambeaux rouge vif. Faust avait dû lui appliquer quelque soin, car il ne saignait pas. Plus. Son bras formait un angle incongru et son jean s’ouvrait de lacérations.

« Clarence », souffla-t-il dans un murmure.

Il s’effondra en sanglots désordonnés, cramponné à la fillette qui le serrait tout aussi fort.

« Vous l’avez presque tué ! cria-t-elle.

— Hé, oh, j’ai rien fait, c’est Vermine, répliqua Faust.

— En attendant, là comme ça, c’est pas dit qu’il ne meure pas, déclara Melody avec un calme qui la surprit elle-même. Et je pense que vous ne voulez pas du tout le tuer. »

La vampire reporta son attention sur l’enfant, les yeux plissés et les canines découvertes. Clarence en profita pour trainer Adam le plus hors de portée de Faust que possible, dans un coin sombre de la pièce. Du coin de l’œil, Melody l’observa sortir des vêtements de rechange de son sac et commencer à les déchirer, sans doute pour les transformer en bandages, ou au moins cacher les horribles blessures de leur ami.

« Non, Melody Mycroft-Majeur-Même-Que, susurra Faust. C’est vrai, je préfèrerais qu’il survive.

— Bha, il faut le renvoyer à ses parents, alors, conclut Melody sur le ton de l’évidence.

— Ah non, sinon j’aurais plus rien à négocier.

— Bah si, tu m’auras moi. Mycroft Majeur, même que c’est mieux que Mycroft porte huit. »

Faust découvrit ses canines pour lâcher un rire froid. Elle marcha jusqu’à la fillette, qui s’était adossée au mur et croisait les bras pour se donner de la contenance, mais qui, en vrai, n’en menait pas large. La vampire s’accroupit au niveau de son visage, lui saisit le menton avec délicatesse et planta son regard dans le sien.

« Потомок семьи Майкрофтов, говорящий по-французски… ! probably isn’t more valuable than a lie . »

Melody, sans comprendre le moindre mot, se sut découverte. Elle prit une inspiration tremblante et essaya de se dégager de la poigne de la créature, sans succès, évidemment. Marie, déjà, avait trop de force pour elle. Est-ce que Faust était plus puissante encore ?

« Mycroft-Majeur-Même-Que de mes deux, ronronna Faust.

— C’est pas parce que vous êtes méchante que vous êtes obligée d’être malpolie ! »

La remarque laissa la vampire interdite, puis hilare.

« Je ferais bien de toi une Vermine, tu serais distrayante.

— Sauf que vous savez pas quoi faire pour qu’Adam il reste en vie, et moi si.

— L’autre petite pourrait savoir aussi.

— Vous avez raison. »

Melody, à cette constatation, se mordit la lèvre inférieure, son cerveau tournant furieusement pour imaginer une échappatoire à la situation. Faust, un sourire carnassier sur le visage, la relâcha et se redressa. La fillette releva la tête vers elle en même temps : elle avait trouvé.

« Clarence va vraiment se marier avec Adam, tenta Melody. Elle va vraiment devenir une Mycroft.

— Même si tu ne mentais pas, qu’est ce que ça changerait, Menteuse ?

— Où est Vermine ?

— Plus là. Plus le droit de vous approcher.

— Alors qui va nous apporter des pommes ? »

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Traductions :

1. Une descendante de la famille Mycroft qui s’exprime en Français…

2. ne vaut sans doute pas beaucoup plus cher qu’un mensonge.